Miel bio ou non bio : est-ce vraiment un critère de qualité ?

Miel bio ou non bio : est-ce vraiment un critère de qualité ?

Le miel est un produit à part. Un produit vivant issu d’un insecte libre, qui butine sans tenir compte des limites administratives, des labels ou des intentions humaines.
Et pourtant, on continue à lui appliquer une grille de lecture binaire : Bio ou pas Bio.
La question mérite sérieusement d’être posée.

Qu’est-ce que le Bio signifie réellement pour le miel ?

La certification bio en apiculture encadre les pratiques de l’apiculteur :
  • les traitements autorisés,
  • les cires utilisées,
  • les règles de nourrissement,
  • la traçabilité et les contrôles.
C’est un cadre sérieux. Il traduit une intention claire de respecter le vivant non pas au sens idéologique, mais au sens pratique : c’est-à-dire de limiter les interventions chimiques, de privilégier des pratiques apicoles plus douces et de réduire autant que possible l’impact sur les abeilles et leur environnement...
Mais ce cadre a une limite structurelle.

Qu'est-ce-que le Bio ne peut pas maîtriser ?

Contrairement à un agriculteur ou à un arboriculteur, l’apiculteur ne contrôle pas le territoire réel de production. Une carotte ne quitte pas son champ. Un pommier reste sur sa parcelle. Une vache ou une poule évolue dans un périmètre maîtrisé.
Les abeilles, elles, butinent librement dans un rayon pouvant atteindre 3 kilomètres, voire davantage, sans tenir compte des limites de parcelles ou des zones certifiées
Elles traversent des champs cultivés, des jardins, des haies, des zones urbaines, des points d’eau.
Elles collectent nectar, pollen… et eau, parfois dans des environnements que personne ne maîtrise totalement.
Aucun apiculteur ne balise le trajet de ses abeilles. Il ne maîtrise que ses pratiques, pas l’ensemble du paysage.

Quel est le malentendu autour du Bio pour le miel ?

Le label Bio fonctionne parfaitement lorsque :
  • le sol est maîtrisé,
  •  le périmètre est délimité,
  • l’environnement est contrôlable.
Pour le miel, ce modèle atteint vite ses limites. Le Bio encadre la conduite des ruches, mais il ne peut pas garantir :
  •  une origine florale lisible,
  • un territoire homogène,
  •  l’absence totale de contaminations diffuses,
  • ni la singularité gustative d’un miel.

Le Bio est-il toujours pertinent pour le miel ?

On trouve aujourd’hui des miels certifiés bio issus d’assemblages UE / hors UE, c’est-à-dire de provenances multiples, parfois très éloignées.
Ces miels sont conformes. Ils respectent le cahier des charges.
Mais ils ne racontent ni une floraison précise, ni une année, ni un lieu identifiable. Dans ces cas-là, le bio devient un statut administratif, sans lien direct avec la lecture agricole ou sensorielle du miel.

Des apiculteurs Bio, pas de miel Bio

Je parle rarement de miel bio. Je parle d’apiculteurs bio.
Parce que ce qui fait sens, ce sont :
  •  les pratiques réelles,
  • le respect des abeilles,
  • la cohérence globale du travail.
Aujourd’hui, certains apiculteurs quittent la certification Bio. Non parce qu’ils changent leurs pratiques, mais parce que le coût et la lourdeur administrative sont devenus incompatibles avec de petites productions.
Le miel, lui, n’a pas changé. Seul le logo a disparu.

Une réalité souvent passée sous silence

Dans les faits, beaucoup de miels français sont produits par des apiculteurs :
respectueux de leur environnement,
attentifs à leurs pratiques,
engagés dans une apiculture responsable,
sans pour autant être certifiés bio.
Pour le miel, la différence entre bio et non bio ne reflète pas toujours une différence de pratiques, mais parfois simplement une différence de statut administratif.
La vraie question n’est peut-être pas : ce miel est-il bio ? Mais plutôt :
  • comment l’apiculteur travaille-t-il 
  •  dans quel environnement réel ?
  • avec quelle exigence ?
  • et surtout : que raconte le miel en bouche ?
Un miel peut être certifié bio et sans expression. Un miel peut ne pas être labellisé et être profondément expressif.

Qu'est-ce-que le consommateur peut réellement faire ?

Le consommateur ne peut pas analyser les pesticides, les HMF,  le taux d’humidité. Ce n’est ni son rôle, ni sa responsabilité.
Son outil le plus précieux reste son palais : Goûter, comparer, détecter la longueur en bouche, la complexité, l’évolution. Et faire confiance à votre commerçant qui connaît ses apiculteurs, plutôt qu’à un mot imprimé sur une étiquette.
Certains miels propoés ne portent pas le label bio, alors même qu’ils proviennent d’apiculteurs travaillant selon les pratiques du bio.
Il arrive qu’une récolte soit très petite, liée à une floraison rare ou à une année particulière. Dans ces cas-là, engager une certification bio pour une quantité infime n’a pas toujours de sens économique.
Le miel n’est pas différent. Les pratiques n’ont pas changé. Seul le label est absent.
Choisir exclusivement le logo bio, c’est parfois accepter de ne jamais goûter ces miels-là.

Conclusion

Le Bio est un cadre utile. Il mérite le respect. 
Mais pour le miel, il ne peut pas être une vérité absolue.
Le miel n’est pas produit dans un champ. Il est produit dans un paysage.
Et c’est pourquoi, pour ce produit singulier, le goût, la cohérence des pratiques et la relation à l’apiculteur restent plus parlants qu’un logo.

 

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